Suicide dans l'Atacora : Entre soupçons d’envoûtement et alcoolisme   ( Par Moutarou Idrissou)

Suicide dans l'Atacora : Entre soupçons d’envoûtement et alcoolisme ( Par Moutarou Idrissou)

Par: Moutarou IDRISSOU
29-11-2020

Suicide : Entre soupçons d’envoûtement et alcoolisme  

Dans certaines localités du département de l’Atacora, se donner volontairement la mort par pendaison ou prise de produits mortifères est devenu un geste banal qui choque la société. Est-ce la conséquence du mal -vivre noyé dans l’alcool ou du mauvais sort jeté par le sorcier du village ?  Enquête.

 ( Par Moutarou Idrissou)

Une découverte macabre à l’entrée de la ville de Tanguiéta. Il s’agit d’un homme de 26, un certain BNG, 26 ans et enseignant en poste à Porga dans la commune de Matéri. L’autopsie du médecin dépêché ce jour sur les lieux révèle un suicide, donc un acte délibéré. Pour quelle raison cet enseignant s’est-il donné la mort ? La question reste toujours posée et cet homme est loin d’être un cas isolé.

Selon le rapport de la police républicaine, près de 20 cas de suicide par pendaison ont été enregistrés du 1er janvier au 30 septembre 2019 dans l’Atacora. A cela, s’ajoutent les cas de suicide par noyade ou par l’absorption insecticide et d’autres produits mortifères dont les cas sont estimés à près de 25 dans la même période. La zone Pendjari (Natitingou, Toucountouna, Boukoumbé, Matéri et Cobly), est la plus touchée par le phénomène avec plus de 20 cas enregistrés.

Le sortilège

« Mon oncle, par ses gris-gris, poussait les gens à aller se pendre, témoigne une journaliste. Selon les propres aveux de l’oncle, il récupère un bout de tissu sur la tenue que porte une personne morte par pendaison ou la corde qui a servi à la tragédie pour fabriquer le produit à mettre dans le breuvage ou le repas de sa victime qui, sous l’effet de l’envoûtement, s’en va se pendre… La famille s’est lassée de lui et l’a dénoncé suite à un cas critique qui l’a envoyé en prison ». 

Au-delà du simple témoignage, un chef féticheur, 50 ans environ, confirme les faits et dit même détenir le secret du sortilège dédié au suicide. « La poudre noire existe effectivement, mais on peut aussi pousser quelqu’un à aller se pendre à travers d’autres techniques, notamment en confiant son âme au diable ou à un fétiche », explique-t-il. Dans ces cas, soutient le vieux bariba, le suicide est loin d’être véritablement un acte volontaire. « Aucun suicide n’est jamais volontaire, il est toujours provoqué d’une manière ou d’une autre par la magie noire », insiste le vieil homme.

De sa posture d’initié et de chef traditionnel, le chef service des affaires domaniales et environnementales de la commune de Cobly, Sanwekoa Koungui André, pense que rien ne justifie le suicide dans la tradition. Car, explique-t-il, sans le surnaturel, aucune douleur ne saurait faire croire à un individu que la mort est la solution face à un problème de la vie. En clair, pour lui, les morts mystérieuses, en l’occurrence les suicides dans la région nord-ouest de l’Atacora, sont la résultante du non-respect des principes traditionnels.  Dans le vieux temps, raconte-t-il, dans la région, on préparait l’homme à travers des cérémonies initiatiques, à affronter la douleur physique et morale. « L’initiation consistait à soumettre l’homme à de dures épreuves, telles que la bastonnade, la marche à pied sur des kilomètres, l’enfermement dans un trou noir, l’exposition de sa nudité aux plus petits et aux femmes. Tout ceci pour briser en l’individu les mythes susceptibles de le rendre complexés ». Pour avoir été aussi initié, André soutient qu’après ces différentes épreuves initiatiques, aucune difficulté de la vie ne peut vous pousser au suicide. Par contre, lorsqu’on n’a pas été initié, face au moindre pépin, on peut penser que la mort est la solution », affirme-t-il.

Par ailleurs, André évoque le non-respect de certains interdits traditionnels. « Lorsque quelqu’un meurt de façon mystique ou accidentellement, il y a lieu de conjurer le mauvais sort par les sacrifices et calmer l’esprit du défunt », a-t-il révélé. Si cela n’est pas fait, poursuit-il, on assiste à la réincarnation de l’esprit du défunt sur un autre membre de la famille qui sera frappé par le même sort. En outre, les règles traditionnelles sont aujourd’hui foulées au pieds, regrette notre interlocuteur

   L’alcoolisme,  l’autre fléau pointé du doigt

L’alcoolisme reste l’une des causes de plusieurs cas de suicide dans l’Atacora, notamment à Cobly. Le secrétaire général de la mairie est ferme. « Je certifie que l’alcoolisme est à la base des nombreux cas de suicide enregistrés dans la commune de Cobly », Natif de Cobly, le chef de l’administration communale raconte : « En 2016 quand nous avons mené une lutte implacable contre l’alcool frelaté qui a pris de l’ampleur à Cobly, les cas de pendaison sont passés de 05 à 03 en 2017, en 2018 quand nous avons relâché, nous sommes remontés à 06 cas », argumente Gnamou Comlan Yimpo.  

Selon les rapports de police, le dimanche 10 mars 2019, la police de Taiacou, commune de Tanguiéta, a été saisie d’un cas de pendaison. Une femme de 50 ans et mère de 07 enfants est retrouvée pendue sur un arbre en face de son domicile. Il ressort des informations recueillies par la police et transmises dans un rapport, que cette femme se portait visiblement bien, mais était dans un état d’ébriété dans la soirée du samedi 9 mars, veille de la découverte de son corps. Le même rapport indique que le mardi 1er janvier 2019, à Toucountouna,  Kouagou Sabi, 25 ans, sous effet de l’alcool a bastonné sa femme et a ensuite bu de l’insecticide. Transporté d’urgence à l’hôpital, il meurt quelques 30 minutes plus tard.

En plus de soutenir la thèse de l’alcool, la chef service des affaires générales de la mairie de Cobly, a énuméré plusieurs autres causes. Marie Gnantékoua a évoqué les problèmes de pauvreté et les querelles familiales souvent liées à la gestion des terres. Elle a mis un accent particulier sur les problèmes de ménage. « Certains se pendent à cause de la colère ou la honte de l’infidélité de leurs épouses. D’autres se suicident, surtout par pendaison sous l’effet de l’envoutement. Il faut le pousser à aller se pendre pour que sa femme me revienne ou pour que la terre que nous avons héritée me revienne à moi seul »,  explique-t-elle.

Phénomène  culturel ?

Pour le sociologue Gervais N’da Sékou, le suicide est un phénomène essentiellement culturel. S’appuyant sur ses observations et des recherches auprès de certains vieux Otamari, le professeur affirme que le suicide était une donnée constante et selon les contextes, l’on se suicidait par référence à des valeurs.

Selon lui, les gens décidaient d’aller se pendre parce que simplement leur honneur et leur dignité ont été écorchés et qu’on ne leur donne pas l’occasion de les défendre. « Lorsque vous avez commis un homicide involontaire par exemple, explique le professeur, pour éviter la vengeance de la famille du défunt, on se suicide. On peut choisir aussi de se suicider lorsqu’on se sent injustement et publiquement humilié ».

Dans l’un ou dans l’autre cas, le suicide reste un acte de désespoir ou de faiblesse dont il faut prévenir les causes avant qu’il ne soit trop tard.

   


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